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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:23

Attila Cheyssial est une sociologue qui a travaillé 17 ans à Mayotte.

Elle a donné une conférence "Comores, Mayotte : intégration, désintégration" dans le cadre de l'Année internationale du rapprochement des cultures. Elle pointe du doigt une situation tendue sur l'île aux parfums et dénonce l'exclusion des populations mahoraises à la Réunion.

 

Voici quelques extraits de ses propos :

 

«  Des groupes arrivent à vivre sur un territoire sans y être intégrés. Une population peut vivre dans un pays sans en parler la langue et pourtant participer à sa bonne marche. Quand on parle d'intégration, en réalité, on souhaite que la communauté en question disparaisse ou au moins ne se voie plus. Les Mahorais à la Réunion, par exemple : bien qu'ils soient français, ils finissent par se cacher dans des quartiers. C'est la même chose à Mayotte où il y a un flux migratoire très ancien. »

 

« La population comorienne migre depuis toujours. Beaucoup sont d'origine sakalava, de Madagascar et sont à l'origine des marins migrants. Mais cela gêne depuis qu'on les appelle des clandestins. Depuis la loi Balladur au début des années 1990. Du jour au lendemain, on change la lecture d'une immigration qui était jusque-là acceptée et même encouragée. »

 

« L'île subit une immigration importante en nombre. La population a été multipliée au moins par 5 en 30 ans. On estime qu'il y a 180 000 habitants mais en réalité bien plus de 200 000. C'est une mutation très violente qui crée de la rareté sur les ressources, le foncier par exemple, qui crée de la délinquance etc... »

 

« Autant il était raisonnable de mettre en place une organisation française au début, dans l'enseignement, dans le développement économique, dans la santé etc..., autant aujourd'hui, on arrive à une situation ubuesque. Une grande partie de la population ne pourra pas profiter du changement de statut puisqu'elle est clandestine. On marche sur la tête, c'est même dangereux. »

 

« La présence française n'a plus de projet de développement. Avec plus d'un tiers de la population dans la clandestinité, ça peut péter pour très peu de choses. Les relations entre les communautés sont très tendues. Y compris avec la communauté métropolitaine. Rappelez-vous les événements de mars 2008. Cela pourrait tout à fait se reproduire, j'en suis persuadé. La situation est explosive et on le sous-estime. »

 

« Il y a parfois des comportements contestables de la population métropolitaine. Quand vous ne vous intéressez pas à la population locale, quand vous venez surtout pour tirer profit d'une situation économique artificielle, c'est-à-dire de la dépense publique mais d'aucune production, cela pose problème. Il y a des différences de niveau de vie colossales. Les tensions naissent parfois de ces comportements un peu néocolonialistes, même si je n'aime pas le mot. »

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